"Que faire ?"

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"Que faire ?", paru en 1902, est le titre du traité politique écrit par Lénine. Il explique pourquoi il faut organiser un bras armé - le Parti - seul à même d'encadrer les masses pour préparer l'action révolutionnaire.

C'est une réponse, à ses yeux, au bouillonnement, aux troubles et en définitive aux limites économiques, politiques et sociales qui distinguent la Russie tsariste et son régime à bout de souffle en ce tout début de vingtième siècle.

 

Le parallèle avec la crise que nous connaissons depuis 2008, qui trouve son origine dans la bulle du crédit aux USA à partir de 2000 peut paraître osé : quel rapport entre un manifeste rédigé par le chantre du communisme et le spectacle d'un capitalisme financier aux abois ?

 

Aucun, ou presque.

Il s'agit juste de reprendre à mon compte ce titre - "Que faire ?"- tant il me semble correspondre à l'état d'esprit qui caractérise en ce moment le microcosme financier et boursier.

En fait il s'agit aussi, à l'instar de Lénine en son temps, de vous livrer quelles réponses j'entends adopter face aux évènements qui semblent se précipiter et mettent à mal la gestion d'un portefeuille boursier axé sur le long terme. Il faut organiser ce portefeuille pour le préparer à traverser la révolution en cours. Voilà pour l'analogie.

 

Ce billet n'a pas pour but de vous décrire ma vision de l'économie - j'en suis incapable - ni a fortiori de faire des prévisions de marché.

 

Mon propos est simple : je vais vous dire ce que je fais en ces temps d'incertitudes extrêmes et de volatilité irrationnelle sur les indices et les actions.

 

Peu m'importe en fait que l'on soit à la veille d'un "Grand soir", type jeudi noir d'octobre 1929.

Je vais continuer à chercher des actions de sociétés qui ont fait la preuve de la solidité et de la rentabilité de leur modèle économique sur très longue période. Et je vais continuer à les acheter pourvu que le marché n'ait de cesse de me les proposer à un prix raisonnable.

 

Le fait que Bénéteau et Vicat représentent plus de 50 % de mon portefeuille ne doit rien au hasard. Ce sont de très vieilles dames en qui j'ai toute confiance. La première est née en 1884, la deuxième en 1853. Autant dire qu'elles en ont vu "d'autres". Et avec une activité bien moins internationale qu'aujourd'hui, elles supportaient alors un risque accru : des débouchés limités à leur marché domestique.

 

Il ne s'agit pas de nier la gravité de la crise que le monde développé traverse, mais bien de prendre du recul par rapport à une vision franco-française qui ignorerait les forces du changement à l'oeuvre dans le monde. Nous assistons sans doute à la fin de la domination sans partage des pays occidentaux au profit des pays neufs en croissance soutenue (BRIC, Turquie, Indonésie, Afrique du Sud, Mexique).

Mais encore une fois, ce n'est pas le sujet sur lequel je vais m'appesantir et perdre mon temps.

 

Je préfère vérifier l'"histoire" que racontent les entreprises dans lesquelles j'ai investi ou que je scrute. En d'autres termes, vont-elles parvenir, comme elles l'ont déjà fait par le passé, à s'adapter à une nouvelle mutation économique de grande ampleur ?

Concrètement, cela signifie que même en cas de stagnation ou de baisse des indices de manière prolongée, je reste confiant dans le fait que ces entreprises extraordinaires battront bientôt leurs records de bénéfices et partant leurs indices de référence et leurs récents plus hauts.

 

J'ai parlé de Bénéteau et Vicat parce que je pense très bien les connaître. Mais je pourrais évoquer bioMérieux, peu sensible aux crises en outre. Non seulement sa croissance est tirée par les pays émergents, non seulement le diagnostic paraît être une réponse adéquate (parmi d'autres) aux préoccupations des Etats concernant le financement de leurs dépenses de santé ( une maladie diagnostiquée coûte d'autant moins cher à traiter qu'elle a été diagnostiquée très tôt ), mais qui plus est l'entreprise va bientôt lancer sur le marché, entre 2012 et 2015, de nouveaux produits qui vont accélérer la croissance de son CA et encore améliorer sa rentabilité déjà excellente.

 

Vous cherchez une entreprise à la Philip Fisher qui réponde à ses 15 points ? De celles sur lesquelles vous pouvez vous reposer pendant encore une génération ou plus ?

 

Air-liquide.jpgVisez Air Liquide, encore une centenaire, exposée à des marchés structurellement en croissance ( Santé, environnement, économies d'énergie, hautes technologies ) dominés par un oligopole de 4 acteurs dont notre champion national est le leader. Son seul bémol est sa taille importante (grosses capitalisations = petits écarts de cours ), mais avec une croissance historique de 7 à 10 % par an qui devrait au moins être maintenue, vous pouvez espérer doubler votre investissement d'ici 10 ans dans la borne basse et tripler dans la borne haute.

Dans tous les cas, avec un horizon plus lointain, disons 20 à 30 ans, c'est le type même d'investissement qui devrait vous rapporter plusieurs fois votre mise initiale, sans compter le versement de dividendes.

 

Vous voulez vous enrichir plus vite en acceptant plus de risques ? Prenez du GEA.


logo-gea.jpg

Cette entreprise familiale plus récente conçoit, fabrique et installe tous les éléments d'électronique et d'informatique que nécessite une gare de péage. Dans un secteur non-cyclique dont GEA a le monopole en France avec 85 % de parts de marché des autoroutes, qui possède des barrières à l'entrée, des contrats à long terme, peu de besoins en capitaux, un potentiel à l'international, une capacité à innover qui en fait un leader sur un marché de niche, il s'agit d'une magnifique valeur de croissance. De par sa petite taille ( capitalisation boursière de 80 M€ environ ), toutes choses étant égales par ailleurs, voilà une société qui, même si elle a déjà quintuplé son cours de bourse depuis 3 ans, pourrait n'en être qu'au début d'une histoire extraordinaire comme nous les aimons. Jugez plutôt :

 

GEA : une croissance fulgurante

 

  2007 2008 2009 2010
CA (M€) 37 42 53 67
MOP 3 % 10 % 20 % 21 %
ROE 6 % 12 % 32 % 32 %

 

Cerise sur le gâteau, non seulement GEA n'a pas de dettes, mais sa trésorerie ( 37 M€ ) couvre la moitié de sa capitalisation boursière.

 

Je terminerai ce rapide survol non-exhaustif par le secteur de l'intérim, lui aussi structurellement en croissance.

Du fait des tendances démographiques, de la progression de la flexibilité du travail ( notamment après chaque nouvelle crise ), de l'accès des agences d'intérim aux emplois publics, de la propension qu'ont les services de ressources humaines à s'externaliser, les entreprises de ce secteur par ailleurs cyclique ont des perspectives à long terme favorables. Là encore, peu de capitaux sont nécessaires, ce qui en fait de véritables "vaches à lait" : l'argent qui rentre est bien plus conséquent que l'argent qui sort.

 

Randstad.jpgVous pouvez privilégier un leader comme Randstad, qui possède un management parmi les meilleurs si ce n'est le meilleur de la profession et un solide actionnariat familial. Son free cash flow moyen sur 8 ans ( 2003-2010 ) est autour de 2.75 € par action. Pour un cours de 21 € vous obtenez ainsi un multiple de capitalisation de 7.6, ce qui est très raisonnable. La société s'est par ailleurs désendettée très rapidement après l'intégration réussie en 2008-2009 de Vedior qui l'a propulsé à la 2è place mondiale derrière Adecco.

 

Groupe-crit.jpgDans le  même secteur, vous pouvez jouer un acteur de taille beaucoup plus modeste. Groupe Crit capitalise à un cours de 15 € moins de 170 M€. Son free cash flow moyen pour la période 2003-2010 est d'environ 2.9 € par action, soit un multiple d'à peine plus de 5 !

La trésorerie au bilan ( 143 M€ ) couvre à elle seule 85 % de sa valeur en bourse ! Si vous n'achetez pas maintenant vous n'achetèrez jamais.

 

Je pourrais multiplier les exemples ( dont certains feront l'objet d'une analyse plus détaillée lors de prochains articles ), en ajoutant par exemple Faiveley, ou CIS ( Catering International Services ) mais il faut bien que je garde un peu de matière pour alimenter ce blog.

 

Ce qui doit vous empêcher d'acheter ne doit pas être l'incertitude ambiante quant au plancher que pourrait rejoindre à plus ou moins brève échéance le CAC 40.

Vous ne devez pas avoir besoin de l'argent que vous investissez en bourse pendant au moins 5 ans ( imaginez par exemple que les marchés soient fermés et que vous ne puissiez vendre ).

Vous ne devez pas paniquer si la valeur de votre portefeuille s'effondre de 50 % ou plus.

Et ne vous endettez pas pour acheter des actions à crédit.

Si vous respectez ces 3 éléments de base, vous n'avez aucune raison de ne pas acheter aujourd'hui.

 

Lorsque Warren Buffett a lancé son achat sur le Washington Post en 1973, il pensait que l'entreprise valait 4 fois le prix qu'il avait payé. Cela n'a pas empêché le cours de perdre encore 50 % dans les 2 ans qui ont suivi. Mais il n'a rien vendu. Son investissement, qu'il a gardé contre vents et marées, a vu sa valeur centupler.

 

En conclusion, nul ne peut prédire jusqu'où descendra le marché. Par contre, en privilégiant des sociétés solides, peu ou pas endettées, positionnées sur des secteurs d'avenir ou des niches, avec une position concurrentielle avantageuse, un actionnariat familial par définition stable, des rentabilités appréciables et proposées à un prix raisonnable comme en ce moment, vous pouvez espérer une bonne protection du capital et une rentabilité satisfaisante à long terme, tant en termes de plus-values que de dividendes.

 

A ce jour, mon portefeuille est le suivant :

 

Titres Quantité Poids (en %)
Bénéteau 1 200 24
bioMérieux    100 14
Groupe Crit    400 13
Thermador groupe      50 12
Vicat    400 37

 

 

A bientôt.

 


 

 

 

 

 

 

 

 


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Caque 01/10/2011 23:34


Bonjour et bravo pour votre blog, très intéressant.

J'ai également des actions Thermador, GEA, Sanofi et Crit.
Je suis particulièrement surpris par la descente aux enfers de Crit, sans doute en raison de l'anticipation d'une recession, mais du coup la valeur est vraiment bon marché. En tous cas je suis
rassuré de voir que je ne suis pas le seul à faire ce constat.
J'attends vos prochains articles avec impatience.
Cordialement


Y. AUFFRET 02/10/2011 10:38



Bonjour,


Merci pour votre commentaire.


Crit est en effet très sous-valorisé : les moyennes des transactions dans le secteur se font sur des ratios Valeur d'entreprise / CA d'environ 0.3-0.4. Nous sommes aujourd'hui à 0.11 pour Crit.
Si un des majors du secteur devait acheter Crit (le pdg pourrait être vendeur faute d'un successeur dans la famille), l'offre serait autour des 40-45 €...


Mon prochain article sera dédié à CIS.


Encore merci pour vos encouragements et bonne lecture.


 


Cordialement



ollivier 29/08/2011 11:11


Je tenais à souligner la qualité de l'analyse et des prises des positions de M. Auffret qui me conseille pour mes placements. Une ligne austère mais basée sur du bon sens et une vision argumentée
de long terme.


Y. AUFFRET 29/08/2011 13:46



Merci pour vos remarques encourageantes, M. Ollivier.