COLRUYT : LA SUCESS STORY BELGE

Publié le par Y. Auffret

 

 

 

logo Colruyt

 

 

 

 

 

 

 

Pour commencer, rendons à César ce qui appartient à César : j'ai découvert cette entreprise extraordinaire en 2008 grâce à Cervinvest, le blog de Thierry Collart. Qu'il en soit remercié ici.

 

A l'époque, mes connaissances dans l'univers de la grande distribution, encore embryonnaires, se limitaient à Carrefour, Casino et Wal-Mart.

Tesco est venu rejoindre cette liste, et puis Colruyt.

 

Hors, de la même manière que Bénéteau ou Vicat sont pour moi les meilleurs élèves de leurs secteurs respectifs, il m'apparaît que le groupe familial belge dirigé par Jef Colruyt surpasse en tous points ses pairs et constitue de fait un investissement de tout premier ordre.

 

Parmi les acteurs de la distribution généraliste, Colruyt dispose ainsi des meilleures marges, du plus haut retour sur capitaux propres, et probablement du management le plus compétent. A cela s'ajoute une culture d'entreprise et un sentiment d'appartenance favorisés par les augmentations de capital réservées aux collaborateurs (à un prix avantageux).

 

L'avantage concurrentiel par les coûts


Part de marché en Belgique

 

2008 2009 2010
22.5 % 23.4 % 24.5 %

 

 

Le développement constant de l'entreprise, notamment au détriment des concurrents par un accroissement continu de ses parts de marché, est dû à l'un des deux grands avantages concurrentiels décrits en son temps par Michael Porter : l'avantage par les coûts.

 

Comme pour les concurrents discounter, l'agencement des magasins laisse peu de place aux fantaisies dispendieuses (déco sobre, pas de musique, etc.), mais surtout Colruyt a développé un concept d'entreprise de distribution verticalisée unique dans ce secteur. Le groupe ne sous-traite quasiment rien.

Par exemple il dispose d'une unité d'embouteillage du vin ou de torréfaction du café ultra-modernes. Il en est de même pour le traitement de la viande ou la découpe du fromage. En évitant les intermédiaires, Colruyt accroit son contrôle sur la chaine de valeur en amont, ce qui se répercute en aval sur les coûts, et partant sur les prix pour le consommateur final.

 

Ajoutons que des équipes sillonnent les allées des magasins concurrents et signalent les produits équivalents vendus moins chers que chez Colruyt. Aussitôt le prix est répercuté sur les étiquettes de tous les magasins.

 

Cette guerre des prix, omniprésente dans la grande distribution, tourne ici clairement à l'avantage d'un seul : Colruyt. De challenger sur son marché national, le petit distributeur belge est devenu leader au cours de la dernière décennie.

 

 

En conclusion, Colruyt dispose de barrières à l'entrée qui s'entremêlent et posent de réels problèmes à la concurrence. On les résumera à la recherche permanente des coûts les plus bas, à une culture d'entreprise favorable aux collaborateurs (l'écart à ce sujet avec Carrefour ou Wal-Mart est grand) et aux actionnaires via augmentations constantes de dividendes depuis 20 ans et rachats/annulations d'actions propres, à une vision de long terme favorisée par une famille toujours impliquée au capital et dans la gestion de l'entreprise, et enfin à une intégration verticale poussée, assez originale dans ce secteur.

 

Il en résulte ni plus ni moins que les meilleurs ratios de l'industrie doublés du meilleur bilan, puisque la société se trouve en situation de trésorerie nette positive.

 

Eléments financiers choisis

 

Année 2007 2008 2009 2010 2011
BPA 1.59 1.77 1.90 2.09 2.14
DIV 0.648 0.736 0.808 0.896 0.92
ROE 34% 31% 31% 30% 27%


 

Une internationalisation à réussir

 

Le seul point à surveiller est celui de la reproductibilité de ce modèle efficace hors du territoire national belge.

 

L'aventure a commencé en France et au Luxembourg, après un échec aux Pays-Bas. A horizon cinq ans, on devrait pouvoir se faire une opinion quant à la réussite de l'internationalisation du groupe.

En cas de succès, c'est de plusieurs décennies de croissance dont on parle.

A défaut, Colruyt perdrait sans doute son statut de valeur défensive et de croissance et oscillerait sans nul doute quelque part entre un développement laborieux et une disgrâce prolongée liée à sa nouvelle aura d'ange déchu.

 

Le pari mérite selon nous d'être tenté : à la clé, un Wal-Mart européen en puissance émergerait, l'éthique en plus.

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